Clause d’inconscience…

« Les Français peuvent compter sur leurs 75 000 pharmaciens, qui sont pleinement engagés au quotidien pour le droit à la contraception. Quant à lui, l’Ordre des pharmaciens veille scrupuleusement au respect des devoirs professionnels des pharmaciens, avec le souci de défendre les droits des patients. »

Cet extrait provient d’un communiqué de presse de l’ordre des pharmaciens, consultable ici, sur l’arrêt de la réflexion de l’instauration d’une clause de conscience.

Un article, citant la clause de conscience, m’a interpellé il y a peu.

C’est l’histoire d’une fille qui pour des raisons privées, qu’elle a choisi d’assumer en relatant ici, demande à un pharmacien la pilule du lendemain et se voit humiliée. Oui humilier c’est le mot.

Je n’ai jamais eu à être dans cette situation, mais personne n’est à l’abri d’y être un jour. Si ça m’arrivait un jour, je remettrais ma confiance entre les mains du pharmacien que j’irais consulter. Un pharmacien qui serait censé me conseiller, et non me donner une leçon de morale.

Certes, il faut circonstancier les faits pour déterminer si la prise est nécessaire, ou pour faire des recommandations à la patiente. Mais dites-moi où, dans le code de déontologie du pharmacien, il est recommandé de dire « On est de mauvaise humeur ? Ça ne devait pas être le cas hier soir. Il va falloir arrêter de se foutre à poil pour rien. »

« Comme tout ordre professionnel, l’Ordre des pharmaciens est encadré par l’État. Ainsi tout projet de code de déontologie des pharmaciens proposé par le Conseil national de l’Ordre est transmis à la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé, seule souveraine. Nul ne peut ainsi douter de la vigilance de la Ministre de la Santé, de la sagesse du Conseil d’Etat et de la volonté des pharmaciens pour que les droits des femmes à la contraception et à l’avortement soient toujours et partout fermement défendus. » Conseil de l’ordre des Pharmacien, communiqué du 21 juillet 2016.

Et peu de temps après on lit cet article en date du 13 août, qui raconte comment en 2106, une femme qui demande la pilule du lendemain se voit humiliée devant d’autres patients, par un pharmacien.

N’est-il pas venu à l’esprit de ce brillant pharmacien que c’était peut-être une victime de viol ? (Sachant que toutes les victimes de viol n’ont pas le courage d’aller porter plainte juste après les faits, ou ne vont même pas à l’hôpital, ce sera quelqu’un de son entourage qui leur dira d’aller à la pharmacie chercher ce qu’il faut…). Certes on sait que ça ne l’était pas ici. Mais crois-tu qu’elle ira te le dire à toi qui la regarde avec un peu de salive à la bouche en la traitant comme une « salope » devant d’autres patients (bonjour le secret médical!). Alors qu’elle venait te voir toi pharmacien en toute confiance, en tant que patiente, pour être conseillée, obtenir un médicament.

Dieu merci tous les  hommes, et tous les pharmaciens ne sont pas de cet acabit. Et je ne suis pas une féministe aguerrie, j’ai tendance à mieux défendre la cause des hommes que celles des femmes, (surtout celles trop plaintives). Au départ, ce débat ne devrait pas être ramené sur le terrain du sexisme, après tout cette femme a autant de propos sexiste vis à vis des hommes, mais je les trouve justifiés, eu égard à ce qu’elle a pu entendre.

Nonobstant ceci,  cet article soulève une question plus intéressante : quelles sanctions peut-on envisager ? Car, selon moi, il n’est pas normal qu’en situation de détresse, on victimise et humilie une personne qui vient acheter un médicament auprès d’un professionnel de santé. Dit-on aux diabétiques de manger moins de sucre, aux obèses d’arrêter de grignoter, aux fumeurs d’arrêter de fumer quand ils viennent acheter leurs traitements afférents à leurs maux ?

Quant aux leçons de morale sur « il faut se protéger », je ne rentrerai pas dans des débats techniques et grivois, on connaît tous les messages, à chacun de se prendre en main. Toutefois, je n’ai pas envie de passer un test de dépistage pour m’entendre me faire juger sur ce que je fais ou ne fais pas. Si on arrêtait ses leçons de morale dans ses moments-là, il y aurait peut-être plus de monde qui viendrait dans les centres… Je ne vous parle même pas du questionnaire quand on vient donner son sang.

Les pharmaciens sont de plus en plus décriés, là où leur profession est capitale. On oublie souvent pourtant, que le médicament n’est pas un produit de consommation et que le pharmacien est un professionnel de la santé au service du public. Je ne comprends pas qu’on critique sans cesse les professions médicales, qui sont plus que primordiale de nos jours.

Le problème ici n’est pas la profession, mais le professionnel… qui pour le coup n’a pas agi professionnellement.

La dernière polémique en date vis à vis des pharmaciens concerne la clause de conscience. Elle est évidemment citée dans l’article. Pourtant elle n’a rien à faire là !

Je ne m’étais pas préoccupée plus que ça de ce sujet. J’ai, comme tout le monde, décrié le projet sans vraiment penser à me faire ma propre analyse, fatale erreur pour une juriste.

Evidemment, quand on découvre le texte, quelle surprise de voir que c’est beaucoup plus nuancé, et plus censé ! (merci à toi l’ami pharmacien qui a attiré mon attention là-dessus) !

Donc la clause de conscience qu’était-ce donc ?

« A l’issue de ces consultations et des divers groupes de réflexion, un projet de texte de 48 articles (77 actuellement) a émergé. Parmi ceux-ci, figure un possible article R. 4235-18, ainsi écrit : « Sans préjudice du droit des patients à l’accès ou à la continuité des soins, le pharmacien peut refuser d’effectuer un acte pharmaceutique susceptible d’attenter à la vie humaine. Il doit alors informer le patient et tout mettre en œuvre pour s’assurer que celui-ci sera pris en charge sans délai par un autre pharmacien. Si tel n’est pas le cas, le pharmacien est tenu d’accomplir l’acte pharmaceutique ». »

Comme disait Shakespeare : beaucoup de bruit pour rien… Oui : un pharmacien peut refuser d’accomplir un acte, mais alors il doit s’assurer de la prise en charge de la patiente, sinon il doit pratiquer l’acte. Etant précisé, qu’il n’est évidemment pas question dans cette proposition de texte, de pilule du lendemain, de stérilet ou même de préservatif !

Bien sûr, on le sait entre la théorie et la pratique, il y a un fossé!

Et il est vrai que la clause de conscience appliquée par un pharmacien, qui est inconscient au point d’humilier une patiente, peut éventuellement dériver, me direz-vous… Mais cela reste une hypothèse. D’autant qu’elle ne se serait pas posée dans le cas de cette jeune femme.

La question qui reste donc en suspens est de savoir si l’ordre des pharmaciens peut réagir et sanctionner de tels faits, si oui, il ne serait alors pas anodin d’en informer les premiers intéressés : les patients.

Toujours est-il que ce genre de récits, tant de ceux des femmes harcelées dans la rue, que celui-ci de cette femme humiliée dans cette pharmacie, montrent que si la clause de conscience pour les pharmaciens a fait pschhhit, les Hommes gardent la prérogative d’une clause d’inconscience de leurs propos à l’égard de leur prochain(e), et que celle-ci reste bien ancrée dans les mœurs, comme une certaine normalité ou coutume.

Mais non ce n’est pas du sexisme, juste de l’inconscience… Et malheureusement la stupidité (car l’inconscience n’est qu’un symptôme de ce mal qui ronge et contamine de plus en plus les gens et les genres),  ne trouve pas de remède en pharmacie. Il faut juste prendre son mal en patience.

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